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Depuis de nombreuses années,
la course à la mesure du temps mobilise de nombreux
chercheurs autour du globe. Cette course s'est accélérée
au cours des 50 dernières années. Jusqu'à
1955, la mesure du temps était fondée
sur le mouvement de la terre. En 1955, le "National
Physical Laboratory" (NPL) britannique a fait fonctionner
la première horloge atomique au cesium.
Le
principe de cette horloge repose sur la détection
et la mesure de l'absorption de micro-ondes par des
atomes de cesium 133. Ainsi, depuis 1967 et la 13eme
Conférence Générale sur les Poids
et Mesures, "la seconde est la durée de 9.192.631.770
périodes de la radiation correspondant à
la transition entre les deux niveaux hyperfins de l'état
fondamental de l'atome de cesium 133".
En juillet 2001, une équipe américaine
du "National Institute of Standards and Technology"
(le NIST) annonçait une percée importante
: la mise au point d'une horloge prototype fondée
sur la fréquence optique d'un ion mercure refroidi.
Cette horloge, qui opère à des fréquences
bien plus élevées qu'une horloge atomique,
était la source de plus de 1015 "tics" par seconde.
Cette plus grande fréquence permet alors une
description beaucoup plus fine du temps puisque les
périodes de temps considérées sont
plus courtes.
Une équipe du NPL travaillait pendant ce temps
à une technique similaire mais utilisant des
ions strontium. Le strontium a été choisi
en raison de la disponibilité des lasers nécessaires
à son refroidissement et à l'excitation
de la transition d'horloge. Les resultats de ces chercheurs
ont ete publiés dans le numéro du 19 novembre
de la revue Science. Leur experience consiste à
stabiliser la frequence optique puis à la mesurer.
Un ion strontium est d'abord piegé et isolé
sous vide dans un piège à ions. Cette
particule est ensuite refroidie à une température
proche du zéro absolu (quelques mK) grâce
à un faisceau laser émettant dans le bleu
(longeur d'onde 422 nm).
L'impact, l'absorption et la réémission
de chacun des photons de ce faisceau entrainent un léger
recul de l'ion qui perd à chaque fois un peu
d'énergie (les chercheurs ont également
eu recours à un laser de longueur d'onde 1092
nm afin d'éviter un pompage optique dans un état
métastable). Un laser monochromatique émettant
dans le rouge (longueur d'onde 674 nm) est alors dirigé
vers l'ion refroidi : la fréquence optique de
ce laser est verrouillée à la transition
d'"horloge" de l'ion strontium.
Cette transition de référence est la
transition quadrupole électrique 5s 2S1/2-4d
2D5/2 qui donne lieu a une ligne spectrale extrêmement
nette à 674 nm. Une fois que le laser est verrouillé
à cette fréquence, il devient très
stable. La lumière transite alors par fibre optique
vers un laboratoire proche ou sa fréquence exacte
est mesurée grâce à un peigne de
fréquences optiques (de très courtes impulsions
de lumière laser femtoseconde qui couvrent tout
le spectre optique du bleu à l'infrarouge). Chaque
dent du peigne est référencée par
rapport à une horloge au cesium. Selon l'équipe
britannique, cette horloge est trois fois plus précise
que celle présentée par l'équipe
du NIST. Son incertitude relative de 3,4™10-15 est inférieure
d'un facteur 3 au standard cesium du NPL (en tenant
compte des erreurs statistiques et systématiques).
Selon les chercheurs, outres les incertitudes liées
au standard cesium, les sources principales d'incertitude
sont de nature technique et peuvent être réduites
en raffinant le dispositif experimental. Ils projettent
en particulier de travailler sur la réduction
de la largeur de raie du laser utilisé pour sonder
la transition. La construction d'un second piège
ionique est également en cours ce qui devrait
permettre aux chercheurs d'évaluer la reproductibilité
de la technique en comparant les deux standards.
En tenant compte de ces améliorations potentielles,
les scientifiques estiment que la mesure de fréquence
ne sera plus limitée que par la précision
de l'horloge cesium. Selon eux, la mesure de fréquence
fondée sur l'ion strontium ou sur d'autres standards
de fréquence optique pourrait présenter
un intérêt pour une possible redéfinition
de la seconde. Mais, la mesure sur plusieurs années
de cette fréquence pourrait participer à
un test en laboratoire de plus en plus précis
de l'invariance temporelle des constantes fondamentales.
Plus prosaiquement, une définition plus précise
de la seconde devrait améliorer les services
de navigation par satellite, comme le GPS ou Galileo.
De même, une horloge d'une grande précision
s'averera plus que nécessaire pour synchroniser
les équipements de navigation d'un vaisseau spatial
envoyé à des millions de kilomètres
de la terre, vers une partie inconnue de l'univers.
Source
Science, vol. 306, 19/11/04, http://www.sciencemag.org
; NPL, http://www.npl.co.uk/optical_frequency_standards/ticking_faster.html
; Optics.org, 24/11/04, http://www.optics.org/articles/news/10/11/17/1.
Rédacteur : Anne Prost
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